Epoque Thinite

de 3000 à 2575 avant J.-C.

 

Ière IIe et IIIème dynasties

 

 

        

 

Qu'y avait-il avant Narmer ?

 

 

 

La palette de Narmer (1er côté)

La palette de Narmer (2e côté)

L'institution de l'Etat pharaonique a été le produit d'une lente construction qui s'est étendue sur plusieurs siècles.  Grâce aux fouilles entreprises, les spécialistes connaissent mieux les différentes phases de cette élaboration, notamment pour la période appelée " dynastie 0 " qui à précédé la Ire dynastie royale.

Dans les toutes premières années du XXe siècle, deux égyptologues, Quibell et Green, découvrent dans le temple d'Horus à Hierakonpolis une palette en schiste vert haute de soixante-trois centimètres qui va devenir la fameuse " palette de Narmer ".  Celle-ci comporte un certain nombre de signes ainsi que des hiéroglyphes qui sont pris d'emblée pour la forme la plus ancienne de l'écriture.  Ce classement introduit immédiatement la conviction qu'il existait une période " avant Narmer ", période préhistorique puisque sans écriture, qui a précédé la soudaine apparition d'une civilisation avancée, donc l'invasion d'une peuplade civilisée du Proche-Orient.  Cette même palette de Narmer est également interprétée comme une preuve de l'unification de l'Egypte par ce roi.

C'est donc un objet plat de schiste vert mesurant soixante-trois centimètres de haut.  La palette est très finement décorée sur ses deux faces.  Au sommet, deux têtes de vache symbolisent la déesse Hathor.  L'annonce de l'unification des deux parties du territoire est clairement représentée.  Au recto, le souverain est coiffé d'une couronne blanche symbolisant la Haute-Egypte.  Au verso, il porte la couronne rouge de la Basse-Egypte.

Selon la mythologie, les premiers rois qui régnèrent sur le pays furent des dieux.  Les différentes lignées royales égyptiennes ont donc pour racines communes les règnes mythiques de Seth et d'Horus.  Après eux, vinrent les souverains, êtres humains adorateurs de ces mêmes dieux et qui sont donc eux-mêmes des demi-dieux.  Après le règne d'Horus, dernier dieu qui fut en même temps roi, la tradition relève plusieurs dynasties de ces demi-dieu de souverains humains.  Le Papyrus de Turin, qu'on a pu dater avec certitude du règne de Ramsès II, révèle avant les noms royaux dont l'existence est attestée par des indices archéologiques, la domination de dieux tels que Gheb, Osiris, Seth, Horus, Thot, Maât, etc., sur une durée de plusieurs siècles.  Au total, le Papyrus de Turin identifie sept dynasties qui auraient précédé celle de Narmer, qu'on appelle également Ménès.  La dernière de ces dynasties est celle de Shemsou Hor, qu'on peut traduire par " les suivants d'Horus ".  Ce sont eux, qui précèdent les souverains de a Iere dynastie et qui sont regroupés sous le voccable de " dynastie 0 ", soit de 3300 à 3100 av. J.-C.  Cette branche royale avait pour capitale Thinis, et Abydos était sa nécropole.  C'est d'ailleurs l'exploration de cette dernière qui a permis une nouvelle subdivision de la dynastie 0 en trois périodes : le début, le milieu et la fin.

La première période concerne trois rois dont on ignore les noms, mais dont les dépouilles laissent apparaître les premiers attributs du pouvoir, dont un sceptre et des empreintes de sceaux cylindriques, ce qui laisse supposer l'existence d'une organisation administrative.. Le deuxième groupe se distingue par des sépultures souterraines en brique.  Des fragments de sceptre d'ivoire accompagnent les dépouilles, de même que des empreintes de sceaux et des étiquettes de jarres portant la marque d'une première écriture.  Les noms des souverains apparaissent sur des poteries qui rappellent l'animal fétiche du défunt.  Le troisième groupe, qu'on attribue à la fin de la dynastie 0, est enterré sous des tumuli et le nom du souverain est inscrit dans un rectangle, le serekh, figurant la façade d'un palais ou d'un temple et que surmonte le symbole royal, le faucon représentant Horus.  Mais où ces rois régnaient-ils ?  Quels territoires dirigeaient-ils ?  Existait-il un royaume de Basse-Egypte ?  Autant de questions qui se posent encore et que les découvertes faites dans ces tombes de la dynastie pourront peut-être un jour tirer au clair.  Un certain nombre de vestiges, tels ceux qui ont été retrouvés dans une tombe du premier groupe, attestent, par exemple, le stockage d'un très grand nombre de jarres de vin originaires de Basse-Egypte et de Palestine.  Or, il a été observé dans la partie orientale du delta du Nil des traces d'abandon, puis de reprise d'activités, avec désertification, puis réoccupation des lieux et nouvelles implantations, notamment le long des routes commerciales menant du delta oriental à la Palestine.

En revanche, de l'autre côté du delta, sur sa partie occidentale, aucune trace de rupture dans l'activité humaine n'a été observée, mais, au contraire, une évolution continuelle et progressive des usages et des coutumes venus du Sud, ce qui peut inciter à penser que les souverains qui régnaient sur cette partie de l'Egypte bénéficiaient d'une autonomie et d'une prospérité qui leur permettaient d'échapper à l'influence et à la domination des souverains d'Abydos.  Certains égyptologues se sont appliqués à rechercher les ancêtres de Narmer (ou Ménès), en partant des représentations d'animaux ou d'évocations végétales reproduites sur les vases et les étiquettes des jarres qui pouvaient être la marque de domaines agricoles appartenant à différents rois.  En les confrontant à d'autres signes relevés sur des statues, il a été possible d'avancer qu'il aurait existé des rois Eléphant, Coquillage, ou Taureau, sans qu'on sache vraiment si ces signes ne servent pas également à désigner des lieux.  Les spécialistes ont concentré leurs recherches sur les signatures royales relevées sur les poteries.  Celles de la fin de la période de la dynastie 0 comportent un faucon surmontant le serekh à l'intérieur duquel le nom du roi apparaît.  Ainsi, l'existence d'un souverain nommé Hedjou, symbolisé par trois massues gravées dans un serekh surmonté d'un faucon est bien attestée.  D'autres rois, en revanche, ne font pas l'unanimité parmi les chercheurs.  Ainsi, l'Horus Ro, qu'on peut aussi lire "Iry-Hor ".  Son nom, symbolisé par un faucon perché sur un petit dôme, n'est pas inscrit dans un serekh.

L'ordre de succession de rois de la dynastie 0 est particulièrement complexe, car l'évolution des supports d'écriture est extrêmement lente et différents noms peuvent être inscrits sur un même type de vestiges, notamment des jarres.  C'est le cas pour Narmer et ses trois prédécesseurs.  Mais la fin de la dynastie 0 est mieux connue, avec l'avènement de Ka Sekhen dont le nom est figuré par une paire de bras gravée dans le serekh.  Ce pharaon est enterré à Abydos, sa tombe se composant de deux chambres rectangulaires en brique qui furent peut-être reliées à l'origine par un étage supérieur commun.  Deux serekh portant les noms de Ka Sekhen et de Narmer ont été découverts en Palestine, ce qui tend à prouver leur proximité chronologique.  Par ailleurs, des tombes contenant des vases au nom de Ka Sekhen ont été découvertes à  Hélouan, ce qui prouve l'existence de cette cité avant le  règne de Narmer.  Et comme le nom de ce souverain figure sur des poteries du delta oriental, il es même possible d'avancer que Ka Sekhen régnait sur la totalité de l'Egypte.

Selon Manéthon, à qui on doit l'organisation de la chronologie royale en dynasties, le fondateur de la lignée royale égyptienne fut Ménès qui aurait régné une soixantaine d'années et serait mort lors d'une chasse à l'hippopotame.  La découverte d'empreintes de sceaux prouve que Ménès et Narmer ne font qu'un.  Quant à l'existence de deux royaumes de Haute et de Basse-Egypte avant Narmer, elle apparaît clairement dans les textes historiques et religieux.  Manéthon fait pour sa part mention de tente rois du Nord, dont Memphis était la résidence, et de dix rois, successeurs d'une dynastie de demi-dieux résidant à Thinis.  La pierre de Palerme offre à cet égard d'intéressantes précisions.  Une lignée de treize rois y figure avec la couronne de la Basse-Egypte.  Sept noms complets subsistent : Seka, Khayou, Tiyou, Tsesh, Neheb, Wadjandj et Mekhet.  Dix autres rois figurent également avec la double couronne, mais sans qu'aucun nom ne soit mentionné.  On peut interpréter cette source comme indiquant, d'une part, une lignée de souverains gouvernant une Egypte unifiée et pouvant correspondre aux rois de la dynastie 0 enterrés à Abydos, c'est-à-dire les " Shemsou Hor ", pour la fin de période.  Et, d'autre part, à une lignée de souverains du Nord remontant à une période plus ancienne, peut-être à celle où deux civilisations distinctes ont cohabité sur les rives du Nil.  La Basse-Egypte aurait alors représenté une culture orientée vers le Proche-Orient et plus avancée que celle de la Haute-Egypte.  On peut aussi imaginer l'existence d'un royaume indépendant dans le delta, cette hypothèse étant alimentée par la découverte d'un serekh surmonté d'une tête de taureau remplaçant les faucons et inséré au milieu d'un banc de crocodiles.  Mais bien que cette hypothèse puisse être retenue comme possible, c'est bien Narmer qui reste encore aujourd'hui considéré comme le souverain unificateur de l'Egypte et le souverain fondateur de la Iere dynastie.

Extraits des Editons Atlas

 

 

 

 

 

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